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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

Dieu chaque jour dans un moment qu’elle fixa, lui promettant de prier à la même heure et ainsi de concert avec l’objet de sa tendresse. Elle voulut entourer et comme garantir les beaux ans de sa fille par les avis les plus tendres et les plus salutaires. Elle les lui remit par écrit, et nous les consignons ici comme un précieux monument de cet amour qu’une bonne mère, une mère chrétienne, doit aux enfants que le ciel lui donna   .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

« Je voudrais, ma chère petite, que tu conservasses la bonne habitude d’être matinale. Lève-toi, pendant la belle saison, à six heures du matin. Que ta première pensée soit pour Dieu, ta première action la prière ; fais-la à genoux et souviens-toi que cette attitude respectueuse, en rappelant notre attention, nous dispose à rendre à Dieu le seul hommage dont il soit jaloux, celui de nos cœurs.   .  .  .  .  .  .

« N’oublie pas de faire mention de ton père et de moi, ma bien-aimée. À peine avons-nous un seul jour à passer sur la terre, que serait-ce si nous étions condamnés à nous séparer après ce court espace, à ne plus nous aimer ? C’est au ciel que j’aspire à te voir à mes côtés durant l’éternité toute entière ; c’est à mon Dieu que je veux te présenter comme ma joie et ma couronne. »   .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

Dès que madame de Farcy se vit alitée, elle se fit dire, tous les jours, à trois heures après midi, les litanies pour la bonne mort ; à six, on lui récitait les prières des agonisants. Une de ses amies, qui avait une maison de campagne à une demi-lieue de Rennes,