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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

avoir Votre Majesté, si un homme, honoré de toute la confiance du roi, comme M. de Montbel, par exemple, pouvait, sur sa parole d’honneur, garantir à Votre Majesté l’existence et la parfaite régularité de l’acte de mariage, le roi se déclarerait-il satisfait ?

Depuis l’émigration, Charles X avait l’habitude de tutoyer M. de La Ferronnays. Il répondit vivement : « Oui, certainement, je ne demande qu’à être convaincu. »

Il fut alors convenu que M. de la Ferronnays et M. de Montbel se rendraient à Florence auprès de la duchesse de Berry. Le comte de la Ferronnays continue ainsi son récit en ces termes :

Je trouvai, en revenant à Prague, la voiture de M. de Montbel attelée devant ma porte. Il attendait mon retour pour se mettre en route pour Florence, où nous devions rejoindre la duchesse. Il comptait passer par Vienne, où il avait à se munir de certains papiers qu’il jugeait utiles. Moi, je comptais me rendre directement en Toscane. Cependant, quelque diligence que j’aie pu faire, je n’y arrivai que vingt-quatre heures après lui.

Je me présentai immédiatement à son hôtel, il était six heures du matin. Bientôt, Montbel me rejoignit dans un petit salon attenant à sa chambre à coucher.

« Nous avons fait un voyage inutile, me dit-il aussitôt ; je regrette bien de l’avoir entrepris. J’ai vu la duchesse de Berry hier, une heure après mon arrivée. Je l’ai trouvée plus montée, plus irritée que jamais contre le roi. Elle est fermement décidée à ne céder en rien et à risquer toutes les conséquences d’un éclat en arrivant à Prague, en dépit des mesures prises pour lui en fermer la route. Tous mes raisonnements, toutes mes supplications ont été inutiles. Elle a fini par s’emporter contre ce qu’elle appelait la partialité de ma conduite. Je ne puis plus rien. Quant à vous, elle vous attend avec impatience. Elle se persuade que la lettre que vous lui apportez de l’empereur lui donnera la liberté de continuer son voyage. Cette lettre, si différente de ce qu’elle espère, va redoubler son irritation. Vous allez avoir une scène pénible, et il me paraît impossible que vous parveniez à lui faire entendre raison. »

Comme la duchesse de Berry ne devait recevoir M. de La Ferronnays qu’à onze heures, celui-ci se rendit, en quittant M. de Montbel, chez le comte de Saint-Priest. M. de Saint-Priest