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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

qui viennent d’ensanglanter la capitale, la mort de tant d’hommes honorables et distingués dans la garde nationale et dans l’armée, le martyre de l’archevêque de Paris, la misère du pauvre peuple, la ruine de nos industries, les alarmes de la France entière ! Je prie Dieu d’en abréger le cours.

« Puissent le spectacle de ces calamités et la crainte des maux qui menacent l’avenir, ne point emporter les esprits loin des grands principes de justice et de liberté publique, qu’en ce temps, plus que jamais, les amis des peuples et des rois doivent défendre et maintenir.

« Je vous renouvelle, monsieur, l’assurance de ma bien sincère et constante affection.

« Henri. »
« Le 15 juillet 1848. »

Le samedi 8 juillet, un service funèbre fut célébré dans l’église des Missions-Étrangères, située rue du Bac, tout près de la maison mortuaire ; le corps fut ensuite descendu dans les caveaux de la chapelle, pour être, de là, transporté à Saint-Malo. Le 18 juillet, dans cette dernière ville, eurent lieu les obsèques solennelles. La messe fut célébrée par le curé de Combourg. À l’élévation, par une inspiration touchante, la musique fit entendre la mélodie sur laquelle Chateaubriand a composé ces paroles si connues :

Combien j’ai douce souvenance
Du joli lieu de ma naissance !

Après la messe, le cortège s’achemina entre les remparts et la mer vers l’ilôt du Grand-Bé. Deux longues files de prêtres en surplis serpentaient sur la grève. Les bannières des gardes nationales venues des diverses villes de la Bretagne flottaient aux vents ; les casques resplendissaient au soleil. Le canon tonnait par intervalles. Une foule innombrable couvrait les remparts de Saint-Malo, qui s’élèvent si formidables au-dessus des rochers à pic et de la mer. Tous les récifs, tous les écueils étaient chargés de figures humaines, des barques pavoisées de deuil étaient encombrées de spectateurs. Au pied du Grand-Bé,