Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/82

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nous traversâmes un poste d’infanterie dont le corps de garde avoisinait le guichet extérieur. Nous pénétrâmes par ce guichet dans une cour carrée, environ-

    « C’est de la place du Hradschin, dit un des visiteurs de l’exil, le vicomte de Nugent, qu’il faut contempler la ville de Prague : les dômes et les clochers des églises, la vieille ville avec ses tourelles élancées, le pont et ses trente-deux statues, les îles verdoyantes qui se baignent dans la Moldau, le Laurenzberg entouré de remparts crénelés, tout cela forme un admirable panorama. J’ai vu Naples, Édimbourg et Messine, et je n’hésite point à dire que Prague est un des lieux les plus pittoresques et les plus poétiques qu’il y ait au monde. » Charles X passa trois ans et demi à Prague ; au mois de mai 1836, il loua au comte Coronini le château de Graffenberg, situé à l’une des extrémités de la ville de Goritz, sur un terrain élevé qui la domine. — Les Mémoires du marquis de Villeneuve, contiennent d’intéressants détails sur l’installation de la famille royale au Hradschin : « C’est, dit-il, un édifice colossal formé de pierres immenses élevées on ne sait par quelle force à une telle hauteur. Extérieurement, il a plutôt l’aspect citadelle que palais. Intérieurement, il est superbe. Le premier étage se compose de onze salles, très richement décorées. Six croisées éclairent quelques-unes de ces vastes divisions. Une pièce était destinée aux États de Bohême ; Charles-Quint y avait, dit on, présidé… Tout près de cette vaste salle se trouvait la chambre à coucher des empereurs… En offrant l’hospitalité du Hradschin à Charles X, l’empereur François II s’était réservé, pour son usage personnel, le premier étage du monument. Mais la famille impériale d’Autriche n’y venait que rarement, pendant la belle saison, de sorte que ces appartements somptueux demeuraient inhabités la majeure partie de l’année. Le deuxième étage, plus sobre de décoration, mais non moins vaste que l’étage inférieur, avait été mis à la disposition de Charles X. C’était donc là qu’étaient éparpillés, et non entassés, comme on s’est permis de le dire, les exilés de France… Le train de maison, au Hradschin, offrait un pâle reflet de l’ancienne splendeur des Tuileries. Aux grilles du palais, Charles X avait sa garde d’honneur, son factionnaire aux portes de son appartement. L’étiquette officielle n’y perdait pas ses droits. Tout était réglé et ordonné comme à Paris. Pour obtenir une audience du Roi, il fallait écrire au premier ministre, le duc de Blacas : celui-ci répondait ; et l’on était admis. »