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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

gémissait avec un sérieux d’enfant. Sa gouvernante ayant parlé du renvoi de M. Barrande et de l’arrivée probable d’un jésuite, la princesse Louise croisa les mains et dit en soupirant : « Ça sera bien impopulaire ! » Je ne pus m’empêcher de rire ; Mademoiselle se prit à rire aussi, toujours en rougissant.

Quelques instants me restaient avant l’audience du roi. Je remontai en calèche et j’allai chercher le grand burgrave, le comte de Choteck. Il habitait une maison de campagne à une demi-lieue hors de la ville, du côté du château. Je le trouvai chez lui et le remerciai de sa lettre. Il m’invita à dîner pour le lundi 27 mai.

Revenu au château à deux heures, je fus introduit comme la veille auprès du roi par M. de Blacas. Charles X me reçut avec sa bonté accoutumée et cette élégante facilité de manières que les années rendent plus sensible en lui. Il me fit asseoir de nouveau à la petite table. Voici le détail de notre conversation : « Sire, madame la duchesse de Berry m’a ordonné de venir vous trouver et de présenter une lettre à madame la dauphine. J’ignore ce que contient cette lettre, bien qu’elle soit ouverte ; elle est écrite au citron, ainsi que la lettre pour les enfants. Mais dans mes deux lettres de créance, l’une ostensible, l’autre confidentielle, Marie-Caroline m’explique sa pensée. Elle remet, pendant sa captivité, comme je l’ai dit hier à Votre Majesté, ses enfants sous la protection particulière de madame la dauphine. Madame la duchesse de Berry me charge en outre de lui rendre compte de l’éducation de Henri V,