Page:Chevreul - De la baguette divinatoire, 1854.djvu/180

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ment au cas où, étant placé sur la corniche d’une montagne, dont la largeur présente une voie beaucoup plus large que celle qui serait strictement nécessaire si l’on marchait dans une grande route, on vient tout à coup à découvrir la profondeur d’un abîme qu’on a au-dessous de soi ; au même moment, pour ainsi dire, on se jette irrésistiblement du côté opposé à l’abîme, poussé par l’instinct de la conservation qui lutte contre une tendance au mouvement en sens contraire, déterminée par la vue de l’abîme. Cette tendance est encore remarquable lorsqu’on se trouve sur un pont sans garde-fous, placé au-dessus d’un précipice ; ce précipice, vu d’un côté du pont, vous fait jeter du côté opposé, et vous met dans le même état d’anxiété que celui auquel vous avez voulu vous soustraire. Ainsi, sollicité successivement en deux sens opposés, vous êtes frappé de stupeur et réduit à l’immobilité, si même la crainte trop vive de tomber du côté où vous êtes ne vous fait pas courir le danger de vous jeter du côté opposé. Telle est, dans le cas dont nous parlons, la position d’un homme qui n’a pas été habitué à marcher dans une voie étroite suspendue sur un abîme, tandis que l’homme qui a cette habitude y marche aussi sûrement que dans une grande route, par la raison que, libre de frayeur, il ne pense point au danger que redoute le premier. Enfin la position de celui-ci pourrait devenir plus critique encore, s’il était conduit à découvrir la profondeur de l’abîme dans le cas où suivant de l’œil le vol d’un oiseau ou le jet d’une