Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/213

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toujours quand on ne dit que du bien de son prochain, lorsqu’il s’éleva un contradicteur ; c’était Prévan.

« A Dieu ne plaise, dit-il en se levant, que je doute de la sagesse de Mme de Merteuil ! mais j’oserais croire qu’elle la doit plus à sa légèreté qu’à ses principes. Il est peut-être plus difficile de la suivre que de lui plaire ; & comme on ne manque guère en courant après une femme d’en rencontrer d’autres sur son chemin ; comme, à tout prendre, ces autres-là peuvent valoir autant ou mieux qu’elle, les uns sont distraits par un goût nouveau, d’autres s’arrêtent de lassitude ; & c’est peut-être la femme de Paris qui a eu le moins à se défendre. Pour moi, ajouta-t-il (encouragé par le sourire de quelques femmes), je ne croirai à la vertu de Mme de Merteuil, qu’après avoir crevé six chevaux à lui faire ma cour. »

Cette mauvaise plaisanterie réussit, comme toutes celles qui tiennent à la médisance ; & pendant le rire qu’elle excitait, Prévan reprit sa place, & la conversation générale changea. Mais les deux comtesses de ***, auprès de qui était notre incrédule, en firent avec lui leur conversation particulière, qu’heureusement je me trouvais à portée d’entendre.

Le défi de vous rendre sensible a été accepté ; la parole de tout dire a été donnée ; & de toutes celles qui se donneraient dans cette aventure, ce serait sûrement la plus religieusement gardée. Mais vous voilà bien avertie, & vous savez le proverbe.

Il me reste à vous dire que ce Prévan, que vous