Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/74

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jusqu’au but, m’a fait connaître au moins que je suis dans la route, & a dissipé la crainte où j’étais de m’être égaré. J’ai enfin déclaré mon amour ; & quoiqu’on ait gardé le silence le plus obstiné, j’ai obtenu la réponse peut-être la moins équivoque & la plus flatteuse : mais n’anticipons pas sur les événements, & reprenons de plus haut.

Vous vous souvenez qu’on faisait épier mes démarches. En bien ! j’ai voulu que ce moyen scandaleux tournât à l’édification publique, & voici ce que j’ai fait. J’ai chargé mon confident de me trouver, dans les environs, quelque malheureux qui eût besoin de secours. Cette commission n’était pas difficile à remplir. Hier après-midi, il me rendit compte qu’on devait saisir aujourd’hui, dans la matinée, les meubles d’une famille entière qui ne pouvait payer la taille. Je m’assurai qu’il n’y eût dans cette maison aucune femme ou fille dont l’âge & la figure pussent rendre mon action suspecte ; &, quand je fus bien informé, je déclarai à souper mon projet d’aller à la chasse le lendemain. Ici je dois rendre justice à ma Présidente : sans doute elle eut quelques remords des ordres qu’elle avait donnés ; &, n’ayant pas la force de vaincre sa curiosité, elle eut au moins celle de contrarier mon désir. Il devait faire une chaleur excessive ; je risquais de me rendre malade ; je ne tuerais rien, & me fatiguerais en vain ; & pendant ce dialogue, ses yeux, qui parlaient peut-être plus qu’elle ne voulait, me faisaient assez connaître qu’elle désirait que je