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CHAP. X. — LES CICÉRONIENS

sans esprit et pleines de cette arrogante folie qui, alliée à l'impudence la plus consommée, ne lui a pas permis de reconnaître l’existence de Dieu. Aussi de même que le plus grand des philosophes, Aristote, en parlant de la nature des animaux, décrit d’abord les différentes parties qui les composent, et ensuite étudie leurs excréments, je veux qu’on lise ici le nom de cet homme, en sa qualité, non de poète, mais d’excrément de la poésie[1]

Quand Scaliger dit que les discours de Dolet sont faits de lambeaux de Cicéron, il n’a pas tout à fait tort ; les orationes et les epistolœ sont en grande partie composées d’expressions ou de portions de phrases empruntées à Cicéron, et forment une manière de centon. Mais le jugement qu’il porte sur les odes de Dolet pourrait également s’appliquer et même avec plus de raison, à ses propres compositions. Tous les défauts relevés dans les poèmes de Dolet sont encore plus apparents dans ceux de Scaliger lui-même ; et la critique de l’évêque d’Avranches sera reconnue comme juste par quiconque les aura lus. « Cependant avec tout le mérite qu’il (Scaliger) avait, et tout celui qu’il croyait avoir, il a bien montré dans son Hypercritique qu’il n’avait nulle délicatesse de goût…. Il l’a encore mieux montré par les poésies brutes et informes, dont il a déshonoré le Parnasse[2]. » — « Jules-César Scaliger était un homme à la vérité d’un esprit vaste et élevé, mais d’un très mauvais goût dans la poésie. Quand on n’aurait pas lu son Hypercritique, si plein de fausses vues, bien plus occupe à juger du détail des vers, et à corriger des minuties souvent de mal en pis, qu’à porter un jugement sain sur le gros des ouvrages, pourrait-on se soumettre aux décisions d’un homme qui a répandu dans le public tant de mauvais vers[3]!» Maittaire qui cite ce passage fait remarquer ce qui

  1. Poétique, lib. IV (Hypercriticus).
  2. Huetiana, c. 5.
  3. Huetiana, c. 35.