Page:Christie - Étienne Dolet, trad. Stryienski, 1886.djvu/272

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ÉTIENNE DOLET

mépris de la multitude, la tyrannie et l’insolence des puissants ; et les études littéraires mettent souvent en danger la vie de ceux qui s’en occupent. Toutefois les vices de notre époque n’ont pas chassé l’excellence intellectuelle au delà des limites de l’Europe au point que nous ne trouvions pas partout des gens qui brûlent d’un amour extrême pour la littérature. Malgré les combats incessants et acharnés qu’il faut livrer depuis un siècle à la barbarie et à l’ignorance, la victoire, longtemps douteuse à cause de la trop grande force et du trop grand pouvoir des barbares, est restée à la fin à ceux qui préconisent le progrès.

« Laurent Valla, aidé par de nobles contemporains, fut le premier qui montra le chemin et qui rompit la ligne de bataille des ennemis. Mais ce n’était là qu’une escarmouche de troupes légèrement armées combattant à distance et non pas dans une lutte corps à corps. On avait bien fait une brèche, mais les ailes de l’armée barbare ne s’en rendaient pas compte. Lorsque les efforts de Valla et de ses contemporains furent presque déjoués par les chefs des barbares, Ange Politien, Hermolaûs Barbarus, Pic de la Mirandole, Le Volterran, Cœlius Rhodiginus, Sabellicus, Crinitus, Philelphe, Marsile Ficin et tous les gens de cette illustre génération vinrent à leur secours et, forts de leur éloquence, attaquèrent avec vigueur et hardiesse l’armée des barbares, qui avait réuni ses forces disséminées et qui regagnait du terrain. Mais encore que leurs efforts causèrent leur perte, ils renversèrent les hordes des barbares, bien qu’ils ne purent les anéantir complètement. L’aile droite de l’armée barbare resta intacte, seule l’aile gauche fut taillée en pièces. Soudain d’Italie, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne et de France, les foudres des lettres fondent sur la barbarie qui se tenait encore debout et relevait bien haut la tête ; elle est forcée de se rendre et est emportée en triomphe.

« L’Italie, qui a toujours été la terre d’élection de l’art oratoire et qui n’a jamais manqué d’hommes de génie, fournit les