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ÉTIENNE DOLET

fit une plus grande gloire que Paris, car ce fut de ses presses que sortirent les premiers livres en langue française qui aient été imprimés en France. Et il est fort probable que le premier livre français imprimé en France fut celui dont la publication en langue vulgaire a toujours rencontré les plus vives objections de la part de tous ceux qui se sont opposés à la liberté intellectuelle, politique ou sociale. En 1472, Barthélémy Buyer, riche et notable bourgeois de Lyon, fit établir une presse dans sa maison par Guillaume Régis ou Le Roi, habile imprimeur, et ce fut là que, paraît-il, cette même année ou l’année suivante, sous la surveillance de deux savants moines augustins : Julien Macho et Pierre Farget, fut imprimé le Nouveau Testament en français, ainsi qu’un abrégé ou paraphrase de l’Ancien Testament[1].

L’œuvre excellente que commença Buyer, se continua et se propagea. Il n’y eut pas moins de soixante-douze maîtres-imprimeurs pratiquant leur art à Lyon au quinzième siècle ; et à un grand nombre de ces derniers qui poursuivirent leur

  1. Si, comme on paraît le croire généralement aujourd’hui, Le Recueil des Histoires de Troyes, attribué tout à la fois à Caxton, à Colard Mansion et à Ulric Zell, ne fut pas imprimé avant 1476, les livres publiés par Barthélémy Buyer, de Lyon, seraient les plus anciens des livres imprimés en français. Parmi ceux-ci, La Légende Dorée est certainement le premier qui porte une date (1476) ; mais plusieurs bibliographes en renom, notamment MM. Péricaud aîné (Bibliographie Lyonnaise, XVe siècle, p. 7) et Berjeau (Bibliophile Illustré, II, p. 14), sont d’avis que le Nouveau Testament et l’abrégé de l’Ancien publiés en français par Buyer parurent en 1472 ou en 1473 au plus tard. Berjeau toutefois fait erreur en disant que ces livres portent la date de 1472. Deux éditions du Nouveau Testament et de l’abrégé de l’Ancien furent données par Buyer presque en même temps, toutes deux sans date ; l’une de ces éditions est imprimée avec les mêmes caractères que le Lotharius Diaconus de 1473, le premier livre imprimé à Lyon qui porte une date. Ces éditions sont de petits in-folio, mais l’une a de longues lignes et l’autre des colonnes doubles. Un exemplaire de l’édition du Nouveau Testament à longues lignes, appartenant à Lord Spencer, figurait à l’exposition Caxton. Au catalogue, on a proposé la date de 1477, mais le livre est certainement antérieur. La bibliothèque du Musée Britannique et la Bibliothèque Nationale en possèdent chacune un exemplaire. Un autre fut acheté 1045 francs par le duc D’Aumale à la vente Solar. L’exemplaire de l’édition en deux colonnes du duc de la Vallière, vendu 100 francs à la vente de ses livres en 1783, fut ensuite acquis par M. A. Firmin-Didot et a été revendu 3550 francs à sa vente (mai 1879). Voyez sur les différences des deux éditions : Brunet : Manuel, vol. V, p. 746.