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MADAME ROLAND

nistres qui, ayant reçu des fonds en dépôt pour les besoins de leur département, s’obstinaient à ne pas rendre leurs comptes.

Dans l’Assemblée même, voilà les Roland dressés contre Danton. Or, Danton disqualifié, qui profitera de la place vide sinon Robespierre ? Robespierre le prudent, Robespierre l’insoupçonnable, Robespierre, qui avait mis toute sa science des attitudes à ne se compromettre dans aucune action.

Il ne dépendait pas de la Gironde que l’union se fît pour le travail dans la paix.

Aux Jacobins, avec les pitres, histrion ou capucin défroqué qui siégeaient sous le prophète Robespierre, l’impudence et la calomnie étaient maîtresses, l’excommunication en grande faveur. Barbaroux écrit dans ses Mémoires :

Robespierre qui, comme l’a dit Condorcet, n’a pas une idée dans la tête, pas un sentiment dans le cœur, y tenait toujours la tribune [aux Jacobins], empoisonnant le peuple par ses flatteries et déjà, s’exerçant au crime par ses provocations contre les républicains.

Aux Cordeliers, Danton, Camille Desmoulins, Marat, Billaud-Varennes, etc., tenaient la tribune. La foudre tombait là tous les jours. Quant à la Commune, elle appartenait à d’atroces jeunes garçons comme Varlet, Tallien, Chaumette, Hébert (le rédacteur du Père Duchêne) qui se réclamaient à la fois de Robespierre et de la Montagne.

Le 6 novembre, la magnifique victoire de Jemmapes, où Dumouriez mit le jeune duc de Chartres[1], au front des troupes, fut enlevée par la Nation, aussi bien que par les régiments de métier. L’invasion était conjurée, mais à l’intérieur la vie d’homme public n’en restait pas moins atroce.

Devant les attaques opiniâtres de Robespierre qui répétait tous les jours aux Jacobins que la Gironde avait partie liée avec les royalistes, Buzot, probablement porteur de la pensée de Mme Roland, demanda à l’Assemblée de voter la peine de mort contre quiconque proposerait le rétablissement de la monarchie.

La Commune était plus acharnée contre les Girondins que

  1. Plus tard Louis-Philippe.