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LA RÉVOLUTION

ressources que les scrupules n’arrêtaient pas. On a dit que ce petit-fils d’un laquais de Molière avait le tempérament d’un valet de Beaumarchais. Il demanda cependant avec beaucoup de sérieux, aux chefs de la majorité (que des décrets de 90 et de 91 interdisaient d’élire), de lui présenter de bons administrateurs.

Un personnage curieux de l’époque était une certaine Mme Dodun qui appartenait à la riche bourgeoisie. Elle s’était enthousiasmée pour les idées nouvelles, ou peut-être seulement pour un de leurs prophètes, « l’éloquent Vergniaud », député de la Gironde, qu’elle hébergeait dans son hôtel, au numéro 5 de la place Vendôme. Presque chaque jour, Mme Dodun donnait des déjeuners politiques où un grand nombre de députés se rendaient pour discuter, avant d’aller à la séance, les questions en cours d’examen. C’est là que Brissot, au moment de la constitution du nouveau ministère, jeta le nom de Roland. Brissot était, par son journal, d’autant plus puissant qu’il ne voulait pas du pouvoir pour lui-même. Il sentait le besoin d’introduire aux affaires des hommes compétents et qualifiés. Roland, comme Inspecteur des Manufactures, connaissait à fond le pays qu’il arpentait depuis quarante ans et « il suffisait de le voir un moment au visage, dit Michelet, pour reconnaître le plus honnête homme de France, austère, chagrin il est vrai, comme devait être un vieillard et un citoyen sous la monarchie ».

Le roi fut mis en demeure d’accepter le ministère brissotin avec Dumouriez aux Affaires étrangères, aux Finances Clavières, ce banquier genevois qui avait inventé les assignats, et Roland au département de l’Intérieur.

Le 21 mars 1791, le directeur du Patriote français, bientôt suivi par Dumouriez, se présenta à l’Hôtel Britannique pour annoncer à Roland sa nomination.

Mme Roland fut certainement éblouie, mais, très maîtresse d’elle, n’en laissa rien percer. Elle écrivit à Champagneux et à Bancal des lettres d’un calme peu naturel, pour les prévenir que son mari avait été nommé ministre de l’Intérieur par le roi.

Au vrai, son cœur battait très fort, non comme celui d’une