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MADAME ROLAND

Le Girondin Isnard, en pleine séance du 10 août, monta à la tribune pour demander la réintégration immédiate des trois ministres qui avaient reçu, en juin, le congé du tyran et emporté « les regrets de la patrie ».

Roland, Servan, Clavières obtinrent de suite l’unanimité des voix et reprirent leurs anciens portefeuilles, mais un second vote donna à Danton une majorité qui lui assura une place prépondérante au ministère de la Justice. Le Conseil fut complété par le mathématicien Monge, qui allait faire figure de bouffon au ministère de la Marine, et par Lebrun, un journaliste indiqué par Brissot, que l’on baptisa ministre des Affaires étrangères.

Pendant ce temps le flot prussien bat les frontières. Les nouvelles de l’armée sont désastreuses. La patrie est en danger.

Le 23 août Longwy est pris, Verdun près de succomber. À Paris le désordre augmente et de toutes parts les provinces s’enflamment : la Vendée se soulève, la Bretagne et le Midi s’agitent. Partout des conspirations royalistes. Du Nord l’invasion descend sur Paris.

Mme Roland, penchée sur une carte, se demande s’il va falloir transférer le gouvernement au delà de la Loire et Marat veut s’enfuir à Marseille, déguisé en jockey. Avec une activité sublime, le peuple supplée au manque d’armes, en fabriquant des piques[1] par milliers. L’idée est venue des Girondins. Mais dans leur parti, qui est au pouvoir, personne ne se trouve pour saisir par la bride l’attelage emporté. Personne pour s’imposer aux extrémistes. Pas d’unité de pensée. Chacun fait son propre jeu : Robespierre de son côté, Marat du sien, pendant que la Gironde ne pense qu’à se garer de Danton. Pas un homme à la mesure de cette tâche imposante. Les massacres de Septembre témoigneront bientôt de l’insuffisance générale.

  1. Les piques furent à ce moment-là la dernière mode de Paris. Une petite fille fut baptisée Pétion-Nationale-Pique, sur l’autel de la Patrie pendant que l’orgue jouait le Ça ira.