Page:Claude Farrère - Les civilisés, 1905.djvu/33

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tion. — Je prendrai une Annamite, ou plusieurs — D’ailleurs, nous recauserons de cela, et je vous demanderai votre avis à tous deux.

— Pas le mien, dit Torral. La question femme sort de ma compétence…

— Allons donc ! Tu n’habites plus là-bas, dans ce quartier sympathique, rue…… ?

— Rue Némésis. Je n’ai pas peur de prononcer le nom, même dans le lieu chic où nous sommes. Rue Némésis, qui jadis s’appela rue du Numéro Trente, ce qui était un symbole. — Oui, et cependant, j’ai renoncé à Satan ! la grâce m’a touché ! »

Fierce, étonné, le regarda. Mévil rit doucement, les yeux sournois, comme il riait avec les femmes, en leur contant des indécences. Torral, clairement, expliqua :

— « J’ai retranché le coefficient amour de mon équation, parce qu’il dénature à chaque instant l’harmonie du calcul ; les termes qu’il multiplie s’en trouvent démesurément augmentés et toute la vie déformée. D’autre part, quelle difficulté, même pour l’homme le plus civilisé du monde, que de retrancher l’amour et de conserver la femelle ! Le plus simple est de supprimer l’une avec l’autre. C’est ce que j’ai fait.

— Tu prends des drogues ?

— Non, je n’endigue pas, je dérive.

— Le dérivatif ?

— Cher monsieur, dit Mévil d’une voix très douce, il est grossier d’exiger des points quand les i ne sont pas ambigus. Vous n’ignorez certainement pas que nous sommes à Sodome. »