Page:Clausewitz - Théorie de la grande guerre, III.djvu/123

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mais, par elle-même, cette conquête ne réalisait encore qu’une partie de son plan de campagne dont la dispersion de l’armée russe devait être le complément. Or ce dernier résultat, qui selon toutes les probabilités eût rendu la paix inévitable, Bonaparte ne put plus l’atteindre pour en avoir précédemment négligé l’occasion qui ne se présenta plus et, dès lors, tous les résultats jusque-là obtenus lui devinrent non seulement inutiles mais même préjudiciables.

En opposition à cette idée de la connexion des résultats à la guerre que l’on peut considérer comme extrême, il en est une autre, extrême également, d’après laquelle la guerre se constitue de résultats isolés dont chacun a sa valeur individuelle et n’exerce aucune influence sur les résultats qui le précèdent ou qui le suivent. Comme dans le jeu en parties liées, il ne s’agit donc plus ici que du nombre des résultats obtenus dont chacun est porté à l’actif du gagnant sur la marque de jeu.

Or, si la première conception est vraie par la nature même des choses, la seconde s’appuie sur l’histoire qui révèle un grand nombre de cas où de petits avantages ont ainsi été obtenus sans enjeux très risqués. Plus l’élément de la guerre est modéré et plus ces cas sont fréquents ; mais, de même qu’il n’est pas de guerre où la première conception soit entièrement réalisable, il n’en est pas où la seconde puisse partout suffire à l’exclusion absolue de la première.

Si nous nous en tenons à la première de ces deux conceptions, il nous faut, de toute nécessité, admettre qu’avant même qu’une guerre ne commence on doit en embrasser tout l’ensemble, et que, dès son premier pas en avant, le général en chef doit déjà avoir déterminé et désormais ne plus perdre de vue le point vers lequel toutes les lignes de son plan de campagne doivent converger.