Page:Clausewitz - Théorie de la grande guerre, III.djvu/125

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que les uns et les autres ne se proposassent alors que de repousser les Français au delà du Rhin, but plus modeste encore que celui que Frédéric le Grand avait en vue dans les offensives que nous venons de citer, les circonstances et les conditions du moment imposaient à leur prudence de ne rien entreprendre avant de s’être bien rendu compte de ce qu’ils auraient vraisemblablement à faire depuis le commencement des opérations jusqu’à la conclusion de la paix soit, dans la réussite, pour tirer le plus grand parti possible de leur victoire, soit, dans le cas contraire, pour diminuer la portée de celle des Français.

Une étude approfondie de l’histoire révèle quelle était la différence des situations à ces deux époques.

Au XVIIIe siècle, lors des guerres de Silésie, les gouvernements seuls prenaient intérêt à la guerre ; de chaque côté le peuple y restait étranger ou, du moins, n’y prenait part que contraint et comme un instrument aveugle. Au commencement du XIXe siècle, au contraire, les nations elles-mêmes posaient de tout leur poids dans la balance. Les généraux opposés à Frédéric II n’étaient que les lieutenants commissionnés de leurs souverains, et par suite la prudence était le trait dominant de leur caractère. L’adversaire des Autrichiens et des Prussiens était l’incarnation même du Dieu de la guerre.

Des situations si dissemblables ne devaient-elles pas imposer des dispositions toutes différentes ? Ne fallait-il pas prévoir, n’était-il pas certain même en 1805, en 1806 et en 1809, que la guerre allait atteindre un très haut degré d’intensité et produire des résultats extrêmes ? Dès lors n’exigeait-elle pas de toutes autres dispositions et de bien plus grands efforts que précédemment quand elle n’avait pour objet que la conquête ou la conservation d’une province ou la prise ou la défense de quelques places fortes ?