Page:Clausewitz - Théorie de la grande guerre, III.djvu/135

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énorme monarchie n’a que peu d’unité et de cohésion intrinsèque, mais elle a d’immenses richesses et son armée permanente entre d’abord en contact avec celle de la France. Après, l’abdication de Charles-Quint le colosse espagnol se subdivise en deux tronçons, l’Espagne et l’Autriche, et cette dernière, agrandie de la Bohême et de la Hongrie et remorquant après elle la Confédération allemande, entre en scène comme grande puissance.

L’époque du règne de Louis XIV — la fin du XVIIe siècle — doit être considérée comme le moment où les armées permanentes ont atteint le développement qu’elles conservèrent pendant le XVIIIe siècle. Les hommes étaient enrôlés et soldés. Chaque État constituait une unité parfaite, et l’impôt en argent ayant définitivement été substitué aux obligations personnelles et aux contributions en nature, toute la puissance des États se trouva concentrée dans leurs finances. Cette puissance d’ailleurs, sous l’influence d’une administration en progrès et d’une culture générale rapidement développée, s’était partout considérablement accrue. La France disposait d’environ deux cent mille hommes de troupes de campagne, et la même proportion se rencontrait en général entre l’armée et la population des autres États de l’Europe.

Les relations extérieures entre les États s’étaient aussi considérablement modifiées. L’Europe ne comptait plus qu’une douzaine de royaumes et deux republiques, et il était à prévoir que deux de ces États pourraient désormais se mesurer ensemble sans entrainer fatalement comme jadis la plupart des autres dans le conflit.

Bien que nombreuses encore, les complications politiques ne l’étaient plus assez cependant pour qu’on ne pût les embrasser toutes du regard et, dans maintes