Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/58

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Je bats jusqu’à l’heure du dîner.

« Tu vas aller au jardin bêcher. »

Me voilà parti. Je trouve mon père et ma belle-mère : « Te voilà, Jean ! — Oui, monsieur Coignet. — Tu viens d’Auxerre ? — Oui, monsieur. — Tu as bien marché. Connais-tu cette ville ? — Non, monsieur, je n’ai pas eu le temps de la voir. — C’est vrai. »

Et comme j’allais me retirer, j’entends ma belle-mère qui disait à mon père : « La Granger a du bonheur d’avoir un petit jeune homme aussi intelligent. — C’est vrai, lui répondit mon père. Quel âge as-tu ? — Douze ans, monsieur. — Ah ! tu promets de faire un homme. — Je l’espère. — Allons, continue ; l’on est content de toi. — Je vous remercie. »

Et je me retire, le cœur gros.

Tous les jours j’allais au jardin pour voir si je verrais venir ces marchands de chevaux ; on pouvait les voir d’une demi-lieue. Enfin, le huitième jour, je vois sur le grand chemin blanc beaucoup de chevaux descendre sur le bourg. Chaque homme ne menait qu’un cheval ; ils n’étaient pas encore accouplés. Il y en avait quarante-cinq, ça n’en finissait pas. Je cours de suite à la maison pour prendre ma plus jolie veste, mettre une chemise, et en mettre une dans ma poche ; je vais vite à l’écurie pour seller le cheval de ces messieurs.

Je n’ai pas sitôt fini que je vois passer tous