« Mais…, commença-t-elle en se tournant vers la porte.
— Je prends seul ma petite collation. Et Marianne qui a passé la nuit debout — bien inutilement, je t’assure ! — Marianne se repose.
— Alors la moindre des choses, un fruit… C’est mon jour de fruits.
— Parfait ! Mon chou, je sonne. Dès qu’on nous aura servis, nous serons tranquilles. Je te raconterai mon accident, si ça t’intéresse. Mais est-ce que ça t’intéresse ? Youlka, ça ne te fait aucun effet d’être ici ? »
À la caresse de la voix, Julie comprit qu’il prenait encore du plaisir à lui faire mal.
« Aucun », dit-elle froidement.
Un infirmier blanc entra, suivi d’un secrétaire chargé de dépêches, à qui Espivant ne laissa pas placer un mot.
« Non, non, Cousteix ! Rien pour l’instant ! Débrouillez-vous, mon petit ! Je suis malade, bon Dieu ! dit-il en riant. Ce soir, le courrier. Et encore !… »
Il s’appuya sur ses poings pour s’asseoir, le torse droit. L’instant que dura son effort, il ouvrit la bouche singulièrement, et dans la hâte que l’infirmier mit à l’assister Julie lut plus d’inquiétude encore que d’empressement.
« A-t-on idée d’un lit aussi étroit ! reprocha-t-elle. Un lit de quatre-vingts centimètres, comme les lits de bonne ! »