Aller au contenu

Page:Colette - Julie de Carneilhan, 1981.djvu/59

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

la condescendance, reine des poux, si j’étais valide… »

Julie crut qu’il plaisantait grossement, mais elle vit, étonnée, qu’il était sur le chemin d’un de ces éclats secs, imprévisibles, qui secouaient autrefois leur demeure conjugale, et dont la dernière clameur mourait dans une poussière d’assiette brisée… « Ah ! mais il m’embête… » Pourtant elle se hâta de rire comme si elle le craignait encore, et promit de revenir.

« Un autobus me met à ta porte, tu sais ? Je le préfère à Beaupied. Beaupied tremblote de la nuque, c’est un spectacle odieux quand on est assis derrière lui. L’office a toujours l’air d’un hospice de vieillards, chez toi. Et ta voiture !… Tu crois que ça me fait plaisir de me balader dans la voiture de l’archevêque, doublée en drap gris perle ? Tu pourrais aussi enseigner à Madame, deuxième du nom, qu’on ne met pas un chauffeur en toile blanche sur une voiture comme celle-là, dans Paris…

— Si tu ne t’en vas pas, tu seras forcée de le lui enseigner toi-même, interrompit Espivant. Parce qu’elle va monter avec Giscard. File, mon chou. Je te téléphone. Dieu, que tu as une jolie taille ! Indestructible bougresse !… »

Il l’enveloppa d’un regard envieux, qu’il détourna pour ne plus contempler que la porte par laquelle lui viendraient les secours et les condamnations.

Dans la galerie, Julie se rendit compte