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Page:Colette - Julie de Carneilhan, 1981.djvu/80

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« Oui, mon petit cœur, on nous avait coupées… Quoi ? Ah ! un défilé de prix de beauté… Oui, oui, ça m’amusera beaucoup, les lauréates sont toujours d’une si extraordinaire insuffisance ! Comment, le thé est compris ? Quel faste ! Je dis : quel faste… Non, faste… Ça ne fait rien, mon chou. Entendu, je t’attends ici vers quatre heures. »

Elle restait debout, nue, la main sur l’appareil téléphonique, sombre devant le vide de sa journée, pourtant pareille à la plupart de ses autres journées. « C’est la faute de Béatrix. Elle m’a fichu le noir avec son nez. Pour être juste, c’est aussi que nous sommes le huit. Du huit au quinze, le niveau moral suit celui des finances. » Elle prit quelques attitudes avantageuses, jambes jointes et bras levés, puis s’interrompit parce que le besoin de déjeuner la mordait au creux de l’estomac. « Moi qui déteste manger seule, je peux m’apprêter à faire suisse jusqu’à l’arrivée du becker-chèque… »

Le téléphone sonna de nouveau, et elle eut un petit moment d’immobilité nerveuse, en pensant qu’Espivant l’appelait. Mais ce n’était que Coco Vatard, pour qui, en pure perte, elle haussa les sourcils, dilata le nez et mit une main sur sa hanche.

« Comment ?… Vous êtes un phénomène d’inconscience, mon cher ! Moi, fâchée ? Mais vous n’êtes que risible, voyons ! Vous dites ? Je