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Page:Colette - Julie de Carneilhan, 1981.djvu/86

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une ligne vert cru bordant un ongle, la tache acide d’une couleur à l’essai.

« Une fois, dit-elle, j’avais voulu teindre moi-même une blouse… Ah ! mon petit gars, j’ai dû rester un mois sans quitter mes gants ailleurs que chez moi…

— C’est bien ça le travail de l’amateur, dit Coco. Julie, sois gentille, tu ne veux pas un peu d’argent ? »

Elle hocha de nouveau la tête. « Si j’engage la conversation là-dessus, je vais me laisser aller, dire que j’ai une crise terrible d’envie de ce qui me manque, que je voudrais des bas, des gants, un manteau de fourrure, deux tailleurs neufs, des parfums au litre et des savons à la douzaine… Il y a longtemps que je n’ai pas été comme ça. Qu’est-ce que j’ai ?… Si je ne me retiens pas, si cet ingénu m’apporte sa paie et que je me croie son obligée, la vie sera de nouveau un enfer… »

Elle se secoua, sourit, se poudra :

« Tu es un cœur. Envoie-moi un petit flacon de Fairyland. Et ramène-moi chez moi, il faut que je change de tailleur, j’ai rendez-vous avec Lucie. Nous allons toutes les deux nous faire une pinte de bon sang au défilé des prix de beauté, dans la salle des fêtes du Journal.

— Et moi ? » mendia Coco.

Julie reprit son air lointain, regarda Coco entre ses cils noircis :

« Si ça t’amuse… Si tu es libre…