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Page:Colette - Julie de Carneilhan, 1981.djvu/91

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Coco Vatard fronça les sourcils.

« Qui est-ce qui parle de buffet gratuit quand je suis là ? »

Julie sortit avec peine de son silence, leva le nez et prit sa voix de tête :

« Quand vous aurez fini, je placerai un mot ? Je ne dois de comptes à aucun de vous deux. Mais je veux bien vous dire qu’il s’agit de l’état de santé de M. d’Espivant, qui est assez gravement atteint pour…

— Pour qu’il t’empile, dit Coco Vatard.

— Ça veut dire ? »

Il redevint très jeune, et contrit :

« Oh ! rien, Julie. Tu comprends, tu me fais de la peine, alors je me fais méchant. N’importe qui à ma place, Julie… »

Elle s’adoucit, sourit aux yeux gris, au nez retroussé, pensa fugitivement : « J’aurais mieux fait de lui accorder un moment de bon temps, et de me réjouir moi-même avec lui… L’heure en est passée… Ils ont sûrement raison, lui et la petite idiote. Des mensonges, probablement… » Quatre coups sonnèrent à l’horloge de l’école voisine. Julie ramassa sur la table les gants de Coco, le sac de Lucie, les leur jeta à la volée.

« Filez. En vitesse.

— Oh !… dit Lucie suffoquée.

— Et si je ne reviens pas ? » risqua Coco Vatard d’un ton de défi.