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Page:Colette - Julie de Carneilhan, 1981.djvu/97

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— Oui, dit Julie. J’en sais assez pour me réjouir si nous sommes vainqueurs, et pour mourir s’il y a lieu de mourir. »

Espivant la regarda avec envie.

« Mais tu ne te doutes même pas que ce serait une guerre terrible ? Plus que l’autre ? »

Elle fit un geste d’indifférence.

« Je ne raisonne pas sur la guerre. Ce n’est pas l’affaire d’une femme, de raisonner sur la guerre. »

Elle réfléchit un moment et ajouta :

« Toi, tu as cinquante ans. Et tu n’es pas — pas encore — tellement bien portant…

— Ma chère, je ne fais pas dans mes chausses, dit aigrement Herbert, et je n’ai pas besoin d’être rassuré !

— Ce n’est pas toi que je rassure, dit Julie, c’est moi. »

Espivant la regarda avec une attention extrême. Il parut la croire, lui baisa la main puis lui mit un bras sur les épaules. Elle se dégagea adroitement, en pivotant sur elle-même.

« Mobilier historique, Herbert ?

— Oui. Façon de me mettre, si j’ose dire, en Boulle.

— C’est toi le coupable ?

— J’ai eu des complices. Mais ne recommence pas à parler art décoratif, je n’ai pas le temps.

— Moi non plus. »