Page:Collins - La Pierre de lune, 1898, tome 2.djvu/225

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souhaite le bonsoir et rentre chez elle. Nous nous asseyons alors tous trois autour de la table sur laquelle brûle une bougie, et qui porte ce qu’il faut pour écrire.

Je prends la parole pour formuler la demande suivante :

« Avant de nous séparer, dis-je, j’ai un mot à dire au sujet de l’épreuve qui a été tentée cette nuit. Nous désirions atteindre deux buts bien distincts ; le premier était d’établir que, lorsque M. Blake entra l’année dernière dans cette chambre et prit le diamant, il était sous l’influence de l’opium, et qu’il n’avait ni la conscience ni la responsabilité de ses actes. Après ce que vous venez de voir, vous déclarez-vous tous deux convaincus et fixés sur ce point ? »

Ils me répondent affirmativement et sans un moment d’hésitation.

Je poursuis :

« Notre second espoir était de découvrir ce que M. Blake avait pu faire du diamant, après que miss Verinder l’eut vu quitter le salon, tenant le diamant dans sa main. La réussite sur ce point dépendait naturellement de l’exacte répétition des faits de l’année dernière ; ici, nous avons échoué, et le but de l’épreuve est manqué. Je ne puis nier que je n’en ressente un vif désappointement, mais j’avoue franchement aussi en être peu surpris. J’ai dit dès le début à M. Blake que notre succès dans cette affaire dépendait de notre aptitude à le replacer plus ou moins complètement dans les mêmes conditions physiques et morales que celles de l’année dernière, et je l’ai prévenu en même temps que c’était demander presque l’impossible. Nous n’avons pu reproduire qu’une partie des conditions indispensables, et par conséquent l’épreuve n’a réussi qu’en partie. Il est possible que j’aie administré une trop forte dose de laudanum ; mais néanmoins j’ai, je crois, indiqué tout à l’heure la vraie raison du demi-résultat que nous venons d’obtenir. »

Après avoir ainsi parlé, je place devant M. Bruff du papier, une plume et de l’encre, et je lui demande si, avant que nous nous séparions, il a quelque objection à dresser et à signer une sorte de procès-verbal de ce qu’il a vu et entendu pendant cette nuit. Il prend aussitôt la plume et se met à l’œuvre avec la promptitude et le savoir-faire d’un homme habitué aux travaux de rédaction.