Page:Collins - La Pierre de lune, 1898, tome 2.djvu/226

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« Je vous dois bien cela, me dit-il en signant le papier, comme réparation de ce qui s’est passé auparavant entre nous. Je vous demande pardon, monsieur Jennings, d’avoir douté de vous ; vous avez rendu à Franklin Blake un inestimable service. Nous autres gens de loi, nous dirions que vous avez gagné votre cause. »

Quant à Betteredge, son originalité perce encore dans les excuses qu’il m’adresse.

« Monsieur Jennings, me dit il, lorsque vous relirez Robinson Crusoé, ce que je vous engage instamment à faire, vous y verrez qu’il n’hésite jamais à reconnaître ses torts lorsqu’il en a eu. Veuillez croire, monsieur, que dans la circonstance présente j’imite Robinson Crusoé. »

Sur ces mots, il signe à son tour le papier.

Au moment où nous nous levons, M. Bruff me prend à part.

« Un mot encore au sujet du diamant, dit-il. Vous supposez que Franklin Blake a caché le diamant dans sa chambre, et mon avis est que la Pierre se trouve entre les mains des banquiers de M. Luker ; nous ne nous disputerons pas à qui aura raison, nous nous demanderons seulement lequel de nous deux a le plus de chances pour arriver à découvrir la vérité.

— L’épreuve a été faite cette nuit de mon côté, dis-je, et elle a échoué.

— Celle que je me propose de tenter, répond M. Bruff, n’est encore qu’en préparation. J’ai fait surveiller pendant ces derniers jours les rapports de M. Luker avec la banque, et je continuerai ainsi jusqu’à la fin du mois. Je sais qu’il faut qu’il retire lui-même la Pierre de chez ses banquiers, et j’agis dans l’hypothèse que la personne qui a engagé le diamant à M. Luker le mettra en demeure de le retirer, en venant s’acquitter vis-à-vis de lui à la fin du présent mois. En ce cas, je pourrai peut-être mettre la main sur la personne en question ; nous avons là une chance de pénétrer le mystère qui défie tous nos efforts. Partagez-vous mon opinion jusqu’ici ? »

Je n’avais rien à objecter à son avis.

« Je retourne à la ville demain matin par le premier train, dit l’avoué ; je puis apprendre en arrivant qu’on a fait une