Page:Combes - Essai sur les idées politiques de Montaigne et La Boëtie.djvu/20

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mythologie, pour soutenir sa thèse, et il s’en sert de la manière la plus ingénieuse. Il pousuit les tyrans jusque dans leur galanterie… Qui croirait qu’un esprit comme lui, stoïque, républicain, taillé sur un patron antique — c’est l’expression de Montaigne — aurait préféré Venise à Sarlat où il était né, c’est-à-dire, une République à la France, qui croirait qu’un tel homme fût galant ? Il l’était pourtant et beaucoup. Il chanta les dames et l’amour ; il ne fit pas que des poésies latines, il fit des poésies françaises, des sonnets nombreux, que Montaigne nous a conservés, des stances très belles, à l’imitation de Pétrarque, de Baïf, de Ronsard.

Il n’aima pas moins une jolie Bordelaise, Marguerite de Carie, qui devint sa femme, et pour laquelle il traduisit en vers un morceau du Roland furieux de l’Arioste, les plaintes de Bradamante demandant Roger. La Boëtie était de noble maison, d’une famille à la vieille marque, — autre expression de Montaigne. — On ne voyait dans sa société que des nobles et des gentilshommes, les Montaigu, les d’Escars, les La Chassaigne, dont Montaigne avait tiré sa femme, les Bouilhonas, les d’Arsat, les Beauregard, les de Belot ; il les recevait tantôt à Sarlat chez lui, tantôt à la campagne de Germignan, dans le Médoc, qu’il tenait de sa femme.

Tout le portait à la politesse exquise, aux belles manières et à la galanterie, son éducation, sa naissance, sa société, sans compter les temps où il avait vécu, qui étaient ceux de Henri II, de Diane de Poitiers, de Marie Stuart, de l’Arioste et du Tasse, c’est-à-dire des grands poètes et des belles dames, des reines aimables et des rois chevaliers. « Il était un peu laid, dit Montaigne, mais ce n’était qu’à la surface : son maintien corrigeait tout, » joint à l’intelligence qui brillait dans son regard. « Ah ! dit notre philosophe galant, ne cherchez pas la galanterie chez les tyrans. Ils sont durs et cruels, même pour leurs proches. Voyez Néron et. Claude : voyez Caligula, qui était jeune pourtant. Voyant la gorge de sa femme découverte, il n’eut rien de plus gracieux à lui dire que ces douces paroles dont il la caressa : « Ce beau