Page:Combes - Essai sur les idées politiques de Montaigne et La Boëtie.djvu/21

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cou sera tantôt coupé si je le commande. » Les tyrans ne sont pas aimés, et ils n’aiment personne. Ce n’est pas pour eux que l’amitié est faite.

Et ici La Boëtie nous fait un magnifique portrait de l’amitié, un portrait comparable à tout ce que Montaigne a pu en dire dans ses Essais, dans ce beau chapitre de l’Amitié, auquel il voulait joindre le Discours de la servitude, en mémoire d’un ami : car c’est la connaissance fortuite de ce discours qui commença la sympathie de Montaigne pour La Boëtie et fit naître leur union célèbre. « L’amitié, dit La Boëtie dans un très beau et très correct langage, c’est un nom sacré, c’est une chose sainte. Elle ne se met jamais qu’entre gens de bien, et ne se prend que par une mutuelle estime. Elle s’entretient, non pas tant par un bienfait que par la bonne vie. Ce qui rend un ami assuré de l’autre, c’est la connaissance qu’il a de son intégrité. Les répondants qu’il en a, c’est son bon naturel, la foi et la constance. Il n’y peut avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice. Entre les méchants, quand ils s’assemblent, c’est un complot, non pas une compagnie ; ils ne s’entretiennent pas, ils s’entre-craignent… Ils ne sont pas amis, ils sont complices. » Il était impossible de trouver un mot plus juste que celui-ci : ils s’entre-craignent, ni de mieux interpréter Salluste, Sénèque, Cicéron ; Salluste surtout, qui dit dans la vie de Jugurtha : « Hœc inter bonos amicitia, inter malos factio est, les méchants ne sont pas amis, ils sont complices… »


Savants précoces de la Renaissance.


Ces savants de la Renaissance étaient tous bourrés de latin, et ils n’en écrivaient pas moins bien en français ; ils écrivaient même mieux. « On apprend à écrire en français, disait Arnauld, en lisant Cicéron, » parce que pour le tour, l’allure, l’étymologie, le mouvement du style, l’habile position des mots, notre