Page:Combes - Essai sur les idées politiques de Montaigne et La Boëtie.djvu/57

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immuable génie. Au milieu de la guerre civile et des invasions, au milieu de la Commune des Seize, de l’usurpation qui faisait du chemin, du droit légitime qui n’avançait guère, au milieu de toutes les idées qui se donnaient carrière dans l’anarchie, « Non, non, s’écrie-t-il, la France ne périra pas. Rien ne tombe ou tout tombe. La maladie universelle est la santé particulière. »

Sur Paris, même confiance, malgré cette Bastille où il avait été enfermé. Le plus bel éloge de Paris est dans Montaigne (t. IV, p. 95), et il faut l’entendre, pour nous en bien souvenir. « Je ne me mutine jamais tant contre la France, dit-il, que je ne regarde Paris de bon œil. Cette ville a mon cœur, dès mon enfance, et m’en est advenu comme des choses excellentes. Plus j’ai vu, depuis, d’autres villes belles, plus la beauté de celle-ci peut et gagne sur mon affection. Je l’aime par elle-même, et plus en son être seul que rechargée de pompe étrangère. Je l’aime tendrement, jusques à ses verrues et à ses taches. Je ne suis Français que par cette grande cité, grande en peuples, grande en félicité de son assiette, mais surtout grande et incomparable en variété et diversité de commodités, la gloire de la France et l’un des plus nobles ornements du monde. Dieu en chasse loin nos divisions ! Entière et unie, je la trouve défendue de toute autre violence. Je l’avise que, de tous les partis, le pire sera celui qui la mettra en discorde, et ne crains pour elle, qu’elle-même ; et crains pour elle, autant certes que pour autre pièce de cet État. »

Ainsi parle Montaigne, quand Paris lui vient à l’esprit, et nous resterons nous-mêmes sous l’impression de cette admiration affectueuse que rien ne put lui ravir, et qu’il nous donne à partager.