Page:Comte - Discours sur l’esprit positif.djvu/96

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d’individu qu’appartient un tel caractère, du moins chez notre espèce. L’ensemble de la nouvelle philosophie tendra toujours à faire ressortir, aussi bien dans la vie active que dans la vie spéculative, la liaison de chacun à tous, sous une foule d’aspects divers, de manière à rendre involontairement familier le sentiment intime de la solidarité sociale, convenablement étendue à tous les temps et à tous les lieux. Non seulement l’active recherche du bien public sera sans cesse représentée comme le mode le plus propre à assurer communément le bonheur privé : mais, par une influence à la fois plus directe et plus pure, finalement plus efficace, le plus complet exercice possible des penchants généreux deviendra la principale source de la félicité personnelle, quand même il ne devrait procurer exceptionnellement d’autre récompense qu’une inévitable satisfaction intérieure. Car, si, comme on n’en saurait douter, le bonheur résulte surtout d’une sage activité, il doit donc dépendre principalement des instincts sympathiques, quoique notre organisation ne leur accorde pas ordinairement une énergie prépondérante ; puisque les sentiments bienveillants sont les seuls qui puissent se développer librement dans l’état social, qui naturellement les stimule de plus en plus en leur ouvrant un champ indéfini, tandis qu’il exige, de toute nécessité, une certaine compression permanente des diverses impulsions personnelles, dont l’essor spontané susciterait des conflits continus. Dans cette vaste expansion sociale, chacun retrouvera la satisfaction normale de cette tendance à s’éterniser, qui ne pouvait d’abord être satisfaite qu’à l’aide d’illusions désormais incompatibles avec notre évolution mentale. Ne pouvant plus se prolonger que par l’espèce, l’indi-