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SAINT FRANÇOIS SOLANO

malgré sa prodigieuse vertu, le P. Solano ne s’arracha point à la terre natale sans déchirements.

Une dernière fois, il se rendit à Montilla, au foyer ancestral, où ses jeunes années avaient coulé si faciles, si heureuses. Sa vieille mère était devenue aveugle, les infirmités l’accablaient. Mais digne d’avoir donné la vie à un saint, elle n’essaya point de le retenir. Elle sacrifia généreusement la consolation, si souvent rêvée, de mourir entre les bras de ce fils dont l’Espagne entière exaltait la sainteté.

Elle savait que Dieu lui avait communiqué sa puissance, cependant elle ne lui demanda point un miracle pour le revoir encore une fois. S’immolant comme lui à la gloire deDieu, elle le bénit et le laissa partir.

Le P. Solano s’embarqua à Séville avec d’autres missionnaires et un grand nombre de soldats envoyés au Pérou.

Pendant la traversée qui dura un mois, il s’occupa beaucoup de ces derniers. C’est dire qu’il leur fit un immense bien.

À Porto-Bello, les voyageurs quittèrent le navire et s’acheminèrent vers la ville de Panama. Missionnaires et soldats traversèrent l’isthme à pied, et après un peu de repos à Panama, les religieux prirent le navire Morgana, qui devait les conduire au Pérou.

Il y avait à bord quatre-vingts nègres nouvellement arrivés de Guinée. Le P. Solano vit en eux les prémices de son apostolat parmi les païens. Ces malheureux, arrachés à leur pays pour être vendus à l’enchère, lui inspirèrent une pitié profonde. Il voulut leur donner la connaissance de Jésus crucifié et, avec une industrieuse et infatigable charité, travailla à les instruire.

Cependant une tempête soudaine et terrible surprit le vaisseau voguant à pleines voiles. La manœuvre devint impossible ; le navire, jouet de la mer en furie, finit par être lancé contre un banc de sable, et le choc formidable le démolit presque.