saillies. Là, elle affecte la douceur pour intéresser : ici, la langueur & les larmes pour toucher ; &, s’il le faut, elle prendra bientôt le masque pour exciter des ris. Bien assurée de son empire, elle exerce son caprice sur tout. Elle se plaît quelquefois à donner de la grandeur aux choses les plus communes & les plus triviales ; &, d’autres fois, à rendre basses & ridicules les plus sérieuses & les plus sublimes. Quoiqu’elle altère tout ce qu’elle touche, elle réussit souvent, lorsqu’elle ne cherche qu’à plaire ; mais hors de-là, elle ne peut qu’échouer. Son empire finit où celui de l’analyse commence.
§. 90. Elle puise non seulement dans la nature, mais encore dans les choses les plus absurdes & les plus ridicules, pourvu que les préjugés les autorisent. Peu importe qu’elles soient fausses, si nous sommes portés à les croire véritables. L’imagination a surtout les agrémens en vue ; mais elle n’est pas opposée à la vérité. Toutes ses fictions sont bonnes, lorsqu’elles sont dans l’analogie de la nature,