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établissement sur un territoire étranger, ces constitutions avoient pris une forme plus régulière, plus solide que chez les peuples pasteurs. D’ailleurs, la nation y étoit dispersée et non réunie dans des camps plus ou moins nombreux. Ainsi, le roi n’eut point auprès de lui une armée toujours rassemblée ; et le despotisme ne put y suivre presque immédiatement la conquête, comme dans les révolutions de l’Asie.

La nation victorieuse ne fut donc point asservie. En même-temps, ces conquérans conservèrent des villes, mais sans les habiter eux-mêmes. N’étant point contenues par une force armée, puisqu’il n’en existoit point de permanente, ces villes acquirent une sorte de puissance ; et ce fut un point d’appui pour la liberté de la nation vaincue.

L’Italie fut souvent envahie par les barbares ; mais ils ne purent y former d’établissemens durables, parce que ses richesses excitoient sans cesse l’avarice de nouveaux vainqueurs, et que les Grecs conservèrent long-temps l’espérance de la réunir à leur