Page:Condorcet Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain.djvu/277

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d’état. Sans cesse on les entendoit se plaindre de la décadence des lumières au milieu de leurs progrès, gémir sur la dégradation de l’espèce humaine, à mesure que les hommes se ressouvenoient de leurs droits, se servoient de leur raison ; annoncer même l’époque prochaine d’une de ces oscillations qui doivent la ramener à la barbarie, à l’ignorance, à l’esclavage, au moment où tout se réunissoit pour prouver qu’elle n’avoit plus à les redouter. Ils sembloient humiliés de son perfectionnement, parce qu’ils ne partageoient point la gloire d’y avoir contribué, ou effrayés de ses progrès, qui leur annonçoient la chute de leur importance ou de leur pouvoir. Cependant, quelques charlatans plus habiles que ceux qui, d’une main mal-adroite, s’efforçoient d’étayer l’édifice des superstitions antiques, dont la philosophie avoit sapé les fondemens, tentèrent, les uns d’en employer les ruines à l’établissement d’un systême religieux, où l’on exigeroit de la raison, rétablie dans ses droits, qu’une demi-soumission ; où elle resteroit presque libre dans sa croyance, pourvu qu’elle consentît à croire quelque chose d’incompréhensible ;