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Page:Conrad - Jeunesse, suivi du Cœur des ténèbres, 1925.pdf/116

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des écritures correctement, on en arrive à détester ces sauvages, à les détester à mort… » Il demeura un instant pensif. « Lorsque vous verrez M. Kurtz, reprit-il, dites-lui de ma part que tout ici (et il jeta un coup d’œil sur sa grande table) va très bien. Je n’aime guère lui écrire : avec les courriers que nous avons, on ne sait jamais entre quelles mains une lettre peut tomber au Poste Central. » Il me considéra un instant de ses gros yeux placides : « Oh ! il ira loin, très loin, reprit-il. Il sera quelqu’un dans l’Administration avant peu… C’est leur intention arrêtée à ces Messieurs là-bas. — Je veux dire au Conseil en Europe… »

« Il se remit au travail. Le bruit au dehors avait cessé. Près de franchir la porte pour sortir je m’arrêtai. Parmi l’incessant bourdonnement des mouches, l’agent qu’on rapatriait gisait inerte et congestionné ; l’autre, penché sur ses livres, passait en écriture le plus correctement possible des opérations parfaitement correctes, et à cinquante pieds en contre-bas, j’apercevais les cimes immobiles du bosquet de la mort.

« Le jour suivant, je quittai le Poste enfin, avec une caravane de soixante hommes, pour une ballade à pied de trois cents kilomètres.

« Inutile de vous en dire long là-dessus. Des pistes, des pistes partout, un réseau de pistes foulées, étendu sur un pays vide, au travers d’herbes hautes, d’herbes brûlées, de broussailles, descen-