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Page:Conrad - Jeunesse, suivi du Cœur des ténèbres, 1925.pdf/147

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« ce coquin ». Le « coquin » avait rendu compte que « l’homme avait été très malade, qu’il n’était qu’imparfaitement remis… » Le couple à ce moment fit quelques pas ; ils se mirent à promener de long en large. J’entendis les mots : Poste militaire — docteur — trois cents kilomètres — tout à fait seul maintenant — retards inévitables — neuf mois — aucunes nouvelles — rumeurs étranges ; puis ils se rapprochèrent tandis que le Directeur disait : « Personne que je sache, sinon une espèce de trafiquant marron, un malfaisant individu qui chipe de l’ivoire aux indigènes… » De qui parlaient-ils à présent ? Peu à peu j’arrivai à comprendre qu’il s’agissait d’un homme qu’on supposait dans le district de Kurtz et qui ne jouissait pas de l’approbation du directeur. — « Nous ne serons débarrassés de cette concurrence déloyale que lorsque l’on aura pendu un de ces gaillards pour l’exemple… » « Parfaitement, grommela l’oncle, qu’on le pende !… Pourquoi pas ?… Tout, on peut tout faire dans ce pays… C’est là mon opinion : il n’y a personne ici, entendez-vous, qui puisse mettre votre situation en péril. La raison ? — Vous supportez le climat. Vous survivez à tous. Le danger est en Europe, mais avant de partir, j’ai pris soin de… » Ils se remirent à marcher en chuchotant ; leurs voix ensuite s’élevèrent à nouveau : « Cette extraordinaire succession de retards n’est pas de ma faute. J’ai fait ce qui était en mon pouvoir… »