Page:Contejean - Tunis et Carthage. Notes de voyage, 1886.pdf/3

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Le major ne tarde pas à me rejoindre, et dirige mes premiers pas dans un milieu si nouveau pour moi. Si jamais ces lignes viennent à tomber sous ses yeux, qu’il y trouve l’expression de ma gratitude pour les bons offices qu’il n’a cessé de me rendre. Le siffllet annonce l’arrivée de notre train. Il en sort tout un monde de dévots et de pèlerins, qui vont s’embarquer pour une destination à nous inconnue. Ils se bousculent à qui mieux mieux, et se précipitent à grand bruit vers les issues. Impossible de dépeindre la variété des types et des costumes : c’est comme un éblouissement, et cela ne dure qu’un instant. Tous ces hommes portent de grands drapeaux enroulés autour d’une hampe peinte de bandes multicolores, de grands bâtons et les ustensiles de culte les plus divers : lampes et encensoirs à chaînes de cuivre, énormes tambours de basque, flûtes, rebecs, petites cornemuses ou quelque chose d’analogue. Cela doit faire de jolie musique ! Au milieu des Juifs et des Juives nous prenons place dans une de ces voitures largement ouvertes de la Compagnie Rubattino ; le convoi s’ébranle vers Tunis, où l’on arrive au bout d’une demi-heure ; un fiacre me conduit au Grand-Hôtel, où je prends gite.

Mais quelques détails topographiques ne seront pas ici déplacés. Peuplée de plus de cent mille habitants, la ville de Tunis est sans doute, après le Caire et Alexandrie, la plus considérable de l’Afrique. Située près du fond du golfe de même nom, elle occupe un isthme un peu montueux entre la Sebka-Seldjoum, lagune salée qui la touche presque au sud-est, et le Bahira, ou lac de Tunis, autre étang salé qui la sépare de la mer. On a vu que ce dernier, dont la profondeur excède rarement 50 centimètres, communique avec le dehors par le canal de la Goulette ; un chenal balisé creusé à son milieu permet aux petites embarcations d’arriver jusqu’à Tunis. Les Arabes disent que la ville a la forme d’un burnous étendu sur le terrain, et ils n’ont pas absolument tort, car elle est plus longue que large et un peu échancrée, puis arrondie à l’extrémité sud, où ils placent le capuchon. Constantine aussi a la forme d’un burnous, quoique le périmètre en soit tout à fait différent ; mais il ne faut pas y regarder de si près. Du nord au sud la longueur de Tunis est de 2 kilomètres et demi, et sa plus grande largeur, de l’est a l’ouest, de 1600 mètres, ce qui représente une superficie d’environ 3 kilomètres carrés. Autrefois défendue par une muraille crénelée flanquée de tours, dont une notable portion a disparu du côté du Bahira, la ville se divise en trois quartiers distincts : au nord le faubourg Bab-el-Souïka ; au sud le faubourg Bab-el-Djésira ; entre les deux la cité proprement dite ou Médina, qui était aussi entourée d’une enceinte particulière, aujourd’hui démolie presque partout, et remplacée par une sorte de boulevard circulaire, horriblement poudreux ou boueux suivant la saison. Ce qui précède concerne la ville arabe ; mais il y a en plus le quartier franc, édifié presque au niveau de la mer sur un terrain horizontal, et traversé à son milieu, de l’ouest à l’est, par un magnifique boulevard planté de grands