Page:Contejean - Tunis et Carthage. Notes de voyage, 1886.pdf/4

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arbres et de superbes dattiers. C’est l’avenue de la Marine. La ville européenne consiste d’ailleurs en larges voies rectilignes qui se garnissent rapidement de belles constructions. Au nord de l’avenue et à proximité de la gare Rubattino habitent surtout les Maltais et les Italiens ; au sud habitent surtout les Français. Il y a, de ce côté, de vastes quartiers en partie bâtis, des places spacieuses, dont quelques-unes encore à l’état de tracé, notamment devant la gare franco-algérienne, un fort grand marché couvert avec cour intérieure et beaucoup d’établissements de banque et de commerce. L’espace ne manque pas ; de toutes parts s’élèvent des maisons nouvelles, et dans peu d’années la Tunis moderne pourra rivaliser avec nos cités les plus élégantes.

À peine installé (ce qui est bientôt fait), j’ai hâte de courir la ville. L’orage s’est dissipé, laissant après lui une chaleur humide extrêmement lourde, et une boue abominable qui ne tarde pas à se convertir en poussière sous les rayons d’un soleil autrement ardent que le nôtre. Comme il est naturel, c’est le vieux Tunis qui m’attire tout d’abord. On y accède par une porte monumentale couverte d’inscriptions arabes, et située à l’est de la ville, et à l’origine de l’avenue de la Marine. Elle s’ouvre sur une place étroite déjà bordée de maisons européennes avec magasins et restaurants ; puis se présentent à droite et à gauche deux rues montantes par où l’on pénètre dans l’inextricable labyrinthe des ruelles, carrefours et culs-de-sac dont se compose la cité du centre. Ici se pressent les boutiques et les ateliers. Quelquefois garnies de trottoirs fort étroits, les rues principales sont pavées en blocs calcaires grossièrement équarris, et, dans le milieu, une rigole peu profonde laisse écouler l’eau des averses. Mais les quartiers périphériques, ce qui veut dire la plus grande partie de la ville, n’ont pour pavé que la terre nue ; aussi deviennent-ils à peu près impraticables en hiver. On n’y trouve plus que les maisons mauresques, toujours avec terrasses ; elles ne montrent, du côté de la rue, que leurs grandes murailles blanches percées de rares ouvertures protégées par de solides grilles de fer, à mailles extrêmement serrées. Une porte basse en ogive, ornée de gros clous qui dessinent des fleurs et des arabesques, et souvent encadrée de montants sculptés, donne accès dans l’intérieur. Par cette porte ouverte on aperçoit, ou bien une cour quadrangulaire, ou bien un corridor pavé en mosaïque aboutissant à un escalier de marbre bordé de plaques de faïence. Au dedans c’est encore la maison antique : cour centrale avec arbustes et jet d’eau, entourée de galeries sur élégantes colonnettes ; chambres et appartements disposés des quatre côtés de cette cour, sur laquelle ils prennent jour ; pour meubles, des nattes sur le parquet et des divans contre les murs. Ces habitations des riches propriétaires maures et des gros négociants juifs sont beaucoup plus grandes et paraissent infiniment plus luxueuses que celles de leurs congénères algériens, et la solitude des quartiers qu’elles occupent contraste avec l’animation du reste de la ville.