Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 1, 1839.djvu/259

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


laquelle il s’était flatté d’entrer. Nos voyageurs continuèrent leur route vers le petit village de B***, où, pendant leur absence, la famille de sir Edward était revenue passer un mois avant d’aller s’établir à Londres pour le reste de l’hiver. Leur retour rendit la vie à Moseley-Hall, et y ramena une gaieté qui depuis quelques mois en était bannie. Jane avait bien des choses à raconter ; John bien des observations malignes à faire, et il s’établit de nouveau entre eux une petite guerre dans laquelle Émilie remplit les fonctions importantes de médiatrice.

Comme la saison était alors avancée, et que depuis quelque temps tout le beau monde était de retour dans la capitale, le baronnet se prépara à prendre possession de sa maison de ville après un intervalle de dix-neuf ans. John fut envoyé en avant pour faire les dispositions nécessaires, retenir des domestiques, acheter des meubles, enfin prendre toutes les mesures indispensables pour que la famille de sir Edward pût reparaître à Londres avec éclat. Il revint bientôt annoncer que tout était prêt pour leur entrée triomphale.

Sir Edward ne voulut pas faire une absence aussi longue sans prendre congé de M. Benfield, à qui son âge faisait trouver les séparations doublement pénibles ; il espérait d’ailleurs le décider à les accompagner. Émilie fut chargée d’en faire la première la demande ; elle s’y prit avec beaucoup d’adresse, et ses négociations furent couronnées d’un succès qu’elle osait à peine espérer. Seulement le vieillard mit pour condition que Peter serait du voyage, car il ne pouvait se décider à se séparer de lui.

— Vous me faites faire une folie, mon cher neveu, dit M. Benfield lorsqu’il se vit forcé dans ses derniers retranchements ; et cependant, après tout, il y a des exemples de bons et dignes gentilshommes qui, sans être du parlement, vont passer l’hiver à Londres. Eh parbleu ! vous-même d’abord ; et puis, vous rappelez-vous le vieux sir John Cowell, celui qui ne put jamais entrer dans la chambre, quoiqu’il se mît sur les rangs pour représenter toutes les villes du royaume ? eh bien ! l’hiver il n’en retournait pas moins habiter Soho-Square. Oui, tout considéré, la chose est faisable. Si j’avais su plus tôt vos projets, je me serais fait nommer par mon bourg pour son représentant ; d’autant plus, ajouta-t-il en branlant la tête, que les ministres de Sa Majesté ont besoin de quelques bonnes têtes dans ces temps critiques. Parbleu ! que