Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/136

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CHAPITRE XI.


Quel est le marchand ici et quel est le juif ?
Shakspeare.


La soirée d’un tel jour, dans une ville comme Venise, ne pouvait se passer dans la tristesse et la solitude. La grand’place de Saint-Marc se remplit bientôt d’une foule bruyante et mêlée : les scènes déjà décrites dans les premiers chapitres de cet ouvrage se renouvelèrent avec plus d’enthousiasme, s’il est possible. Les joueurs de gobelets et les sauteurs recommencèrent leurs tours ; les cris des vendeurs de fruits et d’autres bagatelles se mêlèrent de nouveau aux sons de la flûte, de la guitare et de la harpe ; tandis que le paresseux et l’homme affairé, l’étourdi et le penseur, le conspirateur et l’agent de police, se trouvèrent réunis en sécurité. La nuit avait presque terminé son cours, lorsqu’une gondole se glissa parmi les vaisseaux du port avec une aisance semblable aux mouvements du cygne, et toucha le quai avec son bec[1], au point où le canal de Saint-Marc forme sa jonction avec la baie.

— Tu es le bienvenu, Antonio, dit un individu en s’approchant de celui qui conduisait la gondole, lorsque ce dernier eut enfoncé la pointe de fer de son cablot dans les crevasses des pierres, comme les gondoliers ont l’habitude de le faire pour assujettir leurs barques ; tu es le bienvenu, Antonio, quoique tu arrives tard.

— Je commence à reconnaître les sons de cette voix, quoiqu’ils viennent à travers un masque, dit le pêcheur : ami, je dois

  1. Les gondoles vénitiennes ont un bec élevé, en métal, ressemblant à ceux qu’on voit quelquefois dans des tableaux sur l’avant des anciennes galères.