Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/168

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Certainement ; car nos conditions nous faisaient la loi de converser avec dix souverains, en autant de semaines et dans leur propre palais ! le pari fut bien gagné, et je puis ajouter que l’argent fut aussi gaiement dépensé.

— Pour cela j’en jurerais, car je ne te quittai pas tant qu’il resta un sequin. Il y a divers moyens de dépenser l’or dans ces capitales du nord, et notre tâche fut promptement accomplie. Ce sont d’agréables pays pour les jeunes gens qui n’ont rien à faire.

— C’est dommage que leur climat soit si rude.

Un léger frisson général exprima la sympathie italienne des vieux sénateurs ; mais la conversation n’en continua pas moins.

— Ils pourraient avoir un soleil plus chaud et des nuages plus clairs ; mais on y fait une chère excellente, et on n’y manque pas d’hospitalité, observa le signor Gradenigo qui prenait sa part du dialogue, quoique nous n’ayons pas trouvé nécessaire de distinguer des sentiments qui étaient communs aux différents orateurs. J’ai passé des heures agréables, même avec les Génois, bien que leurs habitudes aient quelque chose de réfléchi et de sobre qui ne convient pas toujours à la jeunesse.

— Stockholm et Copenhague ont aussi leurs plaisirs, je vous assure ; j’ai passé une saison dans chacune de ces villes ; le Danois entend bien la plaisanterie, et il est un bon compagnon de bouteille.

— En cela l’Anglais les surpasse tous. Si je pouvais vous détailler leurs excès dans ce genre, mes amis, vous ne me croiriez pas. Ce que j’ai vu souvent me semble presque impossible à moi-même C’est du reste une triste demeure, que nous autres Italiens aimons en général fort peu.

— Ce n’est pas à comparer avec la Hollande cependant… Avez-vous jamais été en Hollande, mes amis ? Avez-vous vu le beau monde d’Amsterdam et de La Haye ? Je me rappelle avoir entendu un jeune Romain presser un de ses amis d’y passer l’hiver, car le spirituel coquin appelait cette contrée le beau idéal du pays des jupons.

Les trois vieux Italiens, chez lesquels cette saillie excita une foule d’absurdes et d’agréables souvenirs, partirent ensemble d’un grand éclat de rire ; mais leur bruyante gaieté, qui fit retentir les échos de cette salle lugubre et solennelle, les rappela subitement au sentiment de leur devoir. Ils écoutèrent un instant, comme si