Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/173

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bien des sottises. Il faudrait fouetter un sur dix de tous les poètes qui ne savent pas mieux manier notre langue harmonieuse.

— C’est la licence de l’impunité. N’y faites point attention, car tout ce qui sert à amuser calme les esprits turbulents. Verrons-nous maintenant Son Altesse, Signori ?

— Vous oubliez le pêcheur, observa gravement le signor Gradenigo.

— Cela est vrai. Quelle bonne tête pour les affaires ! Rien de ce qui est utile ne t’échappe.

Le vieux sénateur, qui avait trop d’expérience pour se laisser tromper par un pareil langage, vit la nécessité de paraître flatté. Il salua de nouveau et protesta hautement et à plusieurs reprises contre la justice des compliments qu’il avait si peu mérités. Lorsque cette petite comédie fut terminée, les Trois délibérèrent gravement sur l’affaire qui était devant eux.

Comme la décision du conseil des Trois sera connue dans le cours de cet ouvrage, nous ne continuerons pas à raconter la conversation qui accompagna leur délibération. Cette séance fut longue, si longue que, lorsqu’ils eurent achevé leur tâche, la lente horloge de la place sonna minuit.

— Le doge sera impatient, dit un des membres, tandis que les Trois jetaient leurs manteaux sur leurs épaules avant de quitter l’appartement. Il me semble que Son Altesse avait l’air plus fatigué et plus faible qu’à l’ordinaire dans ces fêtes de la ville.

— Son Altesse n’est pas jeune, Signore. Si je me le rappelle bien, le doge est de beaucoup notre aîné à tous. Que Notre-Dame de Lorette lui prête des forces pour porter longtemps le bonnet à cornes, et lui donne la sagesse de le bien porter !

— Il a dernièrement envoyé des offrandes à sa châsse.

— Oui, Signore. Son confesseur les porta lui-même ; je le sais de bonne source. Ce n’est pas un don bien important, mais un simple souvenir pour se conserver en odeur de sainteté. Je crains que son règne ne soit pas long !

— Il y a certainement des signes de décadence dans sa personne. C’est un digne prince, et nous perdrons un père lorsque nous pleurerons sa perte.

— Cela est vrai, Signore ; mais le bonnet à cornes n’est point un bouclier contre les traits de la mort. L’âge et les infirmités sont plus puissants que nos désirs.