Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/182

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— Cette entrevue doit avoir un terme, dit le moine interposant son autorité et forçant le jeune homme à se lever. Il serait plus aisé d’échapper aux tentations du péché qu’aux agents de la police. Je tremble que cette visite ne soit connue, car nous sommes entourés d’espions, et il n’y a pas à Venise un palais mieux surveillé que celui-ci. Si ta présence ici était découverte, indiscret jeune homme, tu ne sortirais de cette demeure que pour être jeté dans une prison, et tu serais une cause de persécution et d’éternels chagrins pour cette jeune fille sans expérience.

— En prison, dites-vous, mon père ?

— Oui, ma fille. De plus légères offenses ont souvent été punies par de plus sévères châtiments, lorsque le sénat s’est vu contrarier dans ses vues.

— Vous ne serez pas jeté dans un cachot, Camillo !

— Ne craignez rien ; l’âge et la profession paisible du bon père le rendent timide. Je suis depuis longtemps préparé à cet heureux moment, et je ne demande qu’une seule heure pour défier Venise et sa politique. Donnez-moi l’assurance de votre amour, et fiez-vous à moi pour le reste.

— Tu l’entends, Florinda !

— Cette audace convient au sexe de Camillo, ma chère, mais elle ne sied pas au tien. Une fille de ton rang doit attendre la décision de ses tuteurs naturels.

— Mais si le choix du sénat tombait sur Giacomo Gradenigo !

— Le sénat ne veut pas entendre parler de ce jeune homme. Les ruses de son père te sont depuis longtemps connues, et tu as dû t’apercevoir, par le mystère qu’il met dans sa conduite à ton égard, qu’il redoute la décision du conseil. L’État aura soin de disposer de ta main comme il convient à ton rang. Tu es recherchée par un grand nombre de cavaliers, et tes tuteurs attendent seulement qu’il se présente un parti digne de ta naissance

— Digne de ma naissance !

— Qui réunissent un rang élevé, à de brillantes espérances, la jeunesse et une bonne réputation.

— Dois-je regarder don Camillo comme au-dessous de moi ?

Le moine prit de nouveau la parole.

— Cette entrevue, dit-il, ne doit pas durer davantage. Les regards que vous avez attirés sur nous par votre musique impru-