Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/185

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au profond salut qu’adressait l’officier à la plus riche héritière de Venise. — À quelle circonstance dois-je cette visite ?

L’officier regarda un instant autour de lui avec sa prudence et ses soupçons habituels ; puis, après avoir salué, il répondit :

— Madame, j’ai reçu l’ordre d’avoir une entrevue avec la fille de l’État, l’héritière de l’illustre maison de Tiepolo, avec donna[1] Florinda Mercato, sa gouvernante, le père Anselmo, leur confesseur, et avec les autres personnes qui jouissent du plaisir de sa société et ont l’honneur de posséder sa confiance.

— Ceux que vous cherchez sont ici : je suis Violetta Tiepolo ; cette dame a pour moi les soins d’une mère, et ce révérend père est mon directeur spirituel. Dois-je faire appeler mes gens ?

— Cela n’est pas nécessaire. Mon message est plutôt d’une nature secrète que publique. À la mort de votre honorable père l’illustre sénateur Tiepolo, le soin de votre personne, Madame, fut confié par la république, votre protectrice naturelle, à la tutelle spéciale et à la sagesse de signer Alexandro Gradenigo, dont la naissance est aussi illustre que les qualités sont estimables.

— Cela est vrai, Signore.

— Quoique l’amour paternel des Conseils n’ait point été visible, il était aussi tendre que vigilant. Maintenant que la beauté, l’instruction et les autres excellentes qualités de leur fille sont parvenues à une rare perfection, ils désirent resserrer les liens qui les unissent à vous, et se charger eux-mêmes du soin immédiat de votre personne.

— Dois-je comprendre par là que je ne suis plus la pupille du signor Gradenigo ?

— Madame, votre perspicacité prévient une plus longue explication. Cet illustre patricien est dispensé des devoirs qu’il remplissait si bien. Demain de nouveaux tuteurs vont être nommés, et continueront leur honorable charge jusqu’à ce que la sagesse du sénat ait formé pour vous une alliance digne d’un nom et de qualités qui pourraient honorer un trône.

  1. Nous devons expliquer pourquoi le titre de Don et Donna est souvent rappelé dans cet ouvrage. La république elle-même ne donnait aucun titre, quoiqu’elle permît à ses nobles de conserver ceux qu’ils portaient avant d’être incorporés aux droits de la ville de Venise. On appelle communément les gentilshommes napolitains et romains Dons, ainsi que les Parmesans. Les Vénitiens ne portent pas ce titre. On le donne à don Camillo, comme Napolitain, et aux deux dames, parce que c’était celui de leur rang à Rome. On verra que ceux qui sont strictement Vénitiens ne sont jamais qualifiés ainsi.