Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/214

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avec une grave dignité sur le fauteuil dont il avait coutume de se servir quand il écoutait l’aveu ingénu des fautes et des erreurs de sa fille spirituelle.

Les joues de Violetta pâlirent et rougirent comme si quelque faute grave eût pesé sur sa conscience. Elle jeta sur celle qui lui tenait lieu de mère un regard qui semblait implorer son appui, et elle rencontra sur ses traits pleins de douceur un sourire qui l’encouragea. Alors, le cœur ému, sans s’être encore bien recueillie pour remplir ce devoir, mais avec une décision que le moment exigeait, elle s’agenouilla sur un coussin aux pieds du moine.

Les paroles que donna Violetta murmurait à voix basse ne furent entendues que de celui à l’oreille paternelle duquel elles étaient adressées, et de cet être redoutable dont elle espérait que ses aveux désarmeraient le courroux. Mais par la porte entr’ouverte de la chapelle don Camillo pouvait voir la belle pénitente agenouillée, les mains jointes, et les yeux levés vers le ciel. Pendant qu’elle faisait l’aveu de ses erreurs, la rougeur de ses joues augmentait, et l’ardeur de la piété étincelait dans ces yeux qui naguère brillaient d’une passion bien différente. L’âme ingénue et docile de Violette fut moins prompte que l’esprit plus actif du duc de Sainte-Agathe à se débarrasser du fardeau de ses péchés. Celui-ci crut pouvoir reconnaître dans le mouvement des lèvres de Violetta le son de son propre nom ; et plusieurs fois, pendant la confession, quelques mots qu’il s’imagina entendre lui persuadèrent qu’il devinait le reste. Deux fois le bon père sourit involontairement ; et, à chaque indiscrétion, il plaçait la main avec affection sur la tête nue de la pénitente. Enfin Violetta cessa de parler, et l’absolution fut prononcée avec une ferveur que les circonstances remarquables dans lesquelles ils se trouvaient tous ne pouvaient manquer de doubler.

Quand cette partie de son devoir fut remplie, le carme entra dans l’oratoire ; il alluma d’une main forme les cierges de l’autel, et fit les autres dispositions nécessaires pour célébrer la messe. Pendant cet intervalle, don Camillo, à côté de sa maîtresse, l’entretenait à voix basse avec toute l’ardeur d’un amant heureux et triomphant. La gouvernante était près de la porte, écoutant si elle n’entendrait pas marcher dans l’antichambre. Le moine s’avança alors à l’entrée de la petite chapelle, et il allait parler, quand Florinda, approchant à pas précipités, lui coupa la parole.