Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/252

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Venise ne connut aucun lien qui le rattachât aux faiblesses de l’humanité. Bien loin de vouloir alléger les souffrances du détenu, on lui faisait passer l’hiver dans des cachots creusés au-dessous du niveau des canaux, tandis que sa prison d’été, placée sous les plombs des toits, était exposée à toute l’ardeur du soleil brûlant d’Italie. Le lecteur a probablement déjà deviné que la visite de Jacopo à la prison avait rapport à quelque captif qu’on avait tout récemment transféré du cachot humide où il avait été enfermé pendant l’hiver et le printemps, dans un des donjons brûlants placés sous les toits.

Gelsomina continua de marcher avec une mélancolie qui annonçait qu’elle partageait les chagrins de son compagnon, mais sans paraître croire qu’un plus long délai fût nécessaire. Elle lui avait annoncé une circonstance qui lui pesait sur le cœur ; c’était un devoir qu’elle avait peine à remplir ; et comme presque tous les caractères doux et simples, maintenant qu’elle s’en était acquittée, elle se trouvait soulagée. Ils montèrent plusieurs escaliers, ouvrirent et fermèrent un grand nombre de portes, et traversèrent plusieurs corridors étroits. Tandis que Gelsomina cherchait dans un trousseau nombreux la clef de la porte devant laquelle ils s’arrêtèrent, le Bravo respirant péniblement l’air brûlant des combles du parlais.

— Ils m’avaient promis que cela n’aurait plus lieu, dit-il ; mais ils oublient leurs promesses, les démons incarnés.

— Carlo ! — tu oublies que nous sommes dans le palais du doge ! lui dit Gelsomina à demi-voix, en jetant derrière elle un regard timide.

— Je n’oublie rien de ce qui a rapport à la république ; — tout est ici, répondit Carlo en frappant son front couvert de sueur ; et ce qui n’y est pas, est dans mon cœur.

— Pauvre Carlo ! — Mais cela ne durera pas toujours ; il y aura une fin.

— Tu as raison, répondit le Bravo d’une voix rauque ; et plus tôt que tu ne le penses. — Mais n’importe : ouvre la porte, et entrons

Gelsomina hésitait ; mais voyant son air d’impatience, elle obéit, et ils entrèrent.

— Mon père ! s’écria le Bravo, se précipitant à côté d’un grabat étendu sur le plancher.