Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/254

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— Elle a cessé de se tourmenter, mon père, dit-il avec un calme forcé.

— Tu as toujours tendrement aimé ta sœur, mon fils ! Tu as un bon cœur, comme je dois le savoir. Dieu m’a envoyé bien des chagrins, mais il m’a béni dans mes enfants.

Il s’ensuivit une longue pause, pendant laquelle le père semblait réfléchir sur le passé, et le fils se réjouissait de ne plus entendre des questions qui lui déchiraient le cœur ; cette mère, cette sœur, dont son père lui parlait, avaient été depuis longtemps victimes des malheurs de leur famille. Le vieillard, car le prisonnier était aussi vieux d’années que de chagrins, reporta ses regards sur le Bravo d’un air pensif, et reprit la parole.

— Il n’y a guère d’espoir que ta sœur se marie ; car personne ne se soucie de s’allier à une famille prescrite.

— Elle ne le désire pas. — Elle n’y songe point. — Elle est heureuse avec ma mère.

— C’est un bonheur que la république ne lui enviera point. N’y a-t-il nul espoir que nous puissions bientôt être réunis ?

— Tu seras réuni à ma mère ; oui, tu goûteras enfin ce plaisir.

— Il y a bien longtemps que je n’ai vu personne de ma famille, excepté toi. — Mets-toi à genoux : que je te donne ma bénédiction.

Jacopo, qui s’était relevé pendant ces mots d’angoisse, obéit sur-le-champ, et baissa la tête avec respect pour recevoir la bénédiction paternelle. Le vieillard remua les lèvres en levant les yeux vers le ciel ; mais son langage partait du cœur et non de la bouche. Gelsomina baissa la tête sur sa poitrine, et parut unir ses prières à celles du prisonnier. Quand cette cérémonie silencieuse mais solennelle fut terminée, chacun d’eux fit, suivant l’usage, le signe de la croix, et Jacopo baisa la main desséchée de son père.

— As-tu quelque espoir pour moi ? demanda le vieillard, après avoir accompli ce devoir consolant de piété ; promettent-ils encore de me laisser revoir le soleil ?

— Ils le promettent. Ils font de belles promesses.

— Plût au ciel qu’ils les tinssent J’ai vécu d’espérance depuis longtemps. — Je crois qu’il y a bien quatre ans que je suis enfermé dans ces murailles.

Jacopo ne répondit rien, car il savait que son père ne citait que l’espace de temps depuis lequel il lui avait été permis de le voir.