Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/265

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ques. Les pas du Bravo, quoique assurés, ne décelaient aucune précipitation ; et il trouva le temps, en traversant la Piazzetta, d’examiner la taille, et, quand les circonstances le permettaient, les traits de tous ceux qu’il rencontrait. Il arriva de cette manière au point de jonction des deux places : là une main lui toucha légèrement le coude.

Jacopo n’était pas accoutumé à faire entendre sa voix sans nécessité dans la place Saint-Marc et à une pareille heure. Il tourna la tête vers celui qui l’avait accosté, lequel lui fit signe de le suivre. C’était un homme dont la taille était si complètement cachée par un domino, qu’il était impossible de former quelque conjecture pour deviner qui ce pouvait être. Voyant pourtant que cet individu désirait le conduire vers une partie de la place où il ne se trouvait personne, et ayant précisément dessein d’aller lui-même de ce côté, le Bravo fit un geste de consentement et le suivit. Lorsqu’ils furent sortis de la foule et dans un endroit où nul curieux ne pouvait entendre leur conversation sans être aperçu, l’étranger s’arrêta. Il sembla, de dessous son masque, examiner la personne, la taille et le costume de Jacopo avec une précaution singulière, et il termina cet examen par un signe qui paraissait dire qu’il était sûr de son fait. Jacopo lui répondit par un signe semblable, et continua à garder un sévère silence.

— Juste Daniel ! murmura l’étranger en voyant que son compagnon n’était pas disposé à parler, on croirait, illustre Signore, que votre confesseur vous a imposé le silence pour pénitence, à la manière dont vous refusez de parler à votre serviteur.

— Que me veux-tu ?

— Vous me voyez sur la Piazza, au milieu d’une foule de chevaliers d’industrie, de valets, de gondoliers, et de tous les bons vivants qui ornent cette contrée chrétienne, cherchant l’héritier d’une des maisons les plus anciennes et les plus honorables de Venise.

— Et comment sais-tu que je suis celui que tu cherches ?

— Signore, il y a bien des signes que l’homme sage aperçoit et qui échappent à l’étourdi. Quand de jeunes cavaliers ont la fantaisie de se mêler avec le peuple sous un déguisement honorable, comme cela arrive à certains jeunes patriciens de cette république, on peut les reconnaître à leur air, sinon à leur voix.

— Tu est un malin drôle, Osée ; mais c’est la malice de ta race qui la fait vivre.