Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/269

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— Ceux qui me disent riche, signor masque, s’amusent à plaisanter aux dépens du malheureux enfant d’une race infortunée. Que j’eusse pu être au-dessus du besoin, que je ne sois même pas tout à fait pauvre, cela peut être vrai ; mais quand on parle de mille ducats, on parle d’affaires trop lourdes pour mes faibles épaules. S’il vous plaisait d’acheter une améthyste ou un rubis, Signore, nous pourrions peut-être faire affaire ensemble.

— C’est de l’or qu’il me faut, vieillard, et je ne pourrais moi-même, en cas de nécessité, te vendre des joyaux. Mes besoins sont urgents en ce moment, et je n’ai pas de temps à perdre en conversations. — Fais tes conditions.

— On doit avoir de bonnes garanties à offrir, Signore, pour prendre un ton si péremptoire en affaires d’argent !

— Ne t’ai-je pas dit que les lois de Venise ne sont pas plus certaines ? — Mille ducats, et promptement. Tu en régleras l’intérêt avec ta conscience.

Osée pensa que c’était donner une grande latitude au traité, et il commença à écouter la proposition plus sérieusement.

— Signore, dit-il, mille ducats ne se ramassent pas tous les jours sur le pavé de la grande place. Celui qui voudrait les prêter doit d’abord les gagner par de longs et pénibles travaux, et celui qui voudrait les emprunter…

— Attend à ton côté.

— Doit avoir un nom et des répondants bien connus sur le Rialto.

— Tu prêtes à des masques sur gages suffisants, prudent Osée, ou la renommée t’accorde trop de générosité.

— Un gage suffisant me donne le moyen de voir clair devant moi, quand même l’emprunteur serait aussi bien caché que les membres du conseil des Trois. Venez me trouver demain, masqué ou non, suivant votre bon plaisir ; car je n’ai pas la curiosité impertinente de pénétrer dans les affaires des autres au-delà de ce qu’exige le soin que je dois prendre de mon propre intérêt, et je fouillerai dans mes coffres, quoiqu’il n’y en ait pas un seul, chez aucun des héritiers présomptifs dans cette ville de Venise, qui puisse offrir un plus grand vide.

— Mes besoins sont trop urgents pour admettre ce délai. As-tu de l’or à me prêter, avec la condition d’en fixer toi-même l’intérêt ?

— Avec des gages suffisants en pierres précieuses, Signore, je pourrais rassembler cette somme parmi mes compatriotes dis-